« C’est donc créer qu’il faut et non reproduire, car reproduire en art c’est singer et réduire. »

— Victor Charreton —

Maître du paysage - printemps

Magicien de la couleur - été

Coloriste de la nature - Automne

Poète de la lumière - Hiver

Victor Charreton s’inscrit dans la grande tradition des paysagistes français qui, après les impressionnistes, ont fait de la nature et de la lumière leurs sujets privilégiés. Peintre du motif, il sublime les paysages avec notamment des techniques spécifiques comme les réserves et la peinture sur finette (toile d’étoffe).

Né à Bourgoin en , dans une famille de la bourgeoisie bergusienne, Victor Charreton montre très vite une sensibilité poétique et picturale.

La personnalité rêveuse du jeune Victor, élève brillant, s’accommode mal des ambitions de son père, qui le destine à la magistrature. Il dévoile ses désarrois d’adolescent dans un triptyque poétique fondateur : Veléité (), Combat intime () et Décision (). Il y exprime les contradictions qui le dévorent : entre le respect qu’il doit à son père et sa vocation de peintre que ce dernier refuse d’accepter.

« J’ai seize ans et déjà mon âme a son mystère :
Un fervent amour d’art que nul n’a deviné […] »
Veléité,

Car à quoi bon s’expliquer puisque de toute façon la peinture n’est pas un métier et que le jeune homme a des obligations envers sa famille :

« Il faut des jeunes ans pour nourrir les vieux jours. »

Dans Combat intime, il espère encore obtenir la bénédiction de son père s’il parvient à faire ses preuves :

« …Et pourtant, père, un soir, sans que je veuille y croire,
Si mon art apportait des lauriers sous tes pas,
S’il ajoutait son miel au pain de tes repas,
Ou donnait à ton nom un feuillet dans l’histoire ! »
Combat intime,

Dernier volet du triptyque, Décision montre bien que ce « fervent amour d’art » n’est pas un caprice d’adolescent. Victor Charreton, qui n’a que dix-huit ans, pense-t-il réellement à quitter sa famille pour réaliser son rêve ?

« Alors c’est dit, je pars, je vais vivre ma vie,
M’assouvir de misère admirable et de peur,
N’avoir qu’un jour sur deux du pain à mon envie
Mais pouvoir peindre libre un rêve au fond du cœur. »
Décision,

Son père l’envoie finalement à la faculté de droit de Grenoble. Il existe alors, dans cette ville d’actifs cercles artistiques, des réseaux de sociabilité rassemblant peintres, sculpteurs, poètes, musiciens et photographes, où il trouve un peu de réconfort malgré sa triste « vie de procédurier assidu au travail ». C’est dans cet environnement stimulant qu’il expose pour la première fois, en , au Salon de Grenoble.

Deux ans plus tard, il s’établit à Lyon comme avoué sans abandonner ses pratiques artistiques. À cette époque, il pratique un paysagisme traditionnel issu de la peinture régionale influencé par l’école de Barbizon. Ne pouvant plus résister à l’appel de l’Art, il cède son étude en à l’âge de 38 ans pour se consacrer entièrement à la peinture.

Sa rencontre puis son mariage avec Elmy Chatin en lui permet de découvrir l’Auvergne, région natale de sa femme. Les paysages qui lui sont révélés agissent comme un catalyseur. Déterminé, il peint inlassablement sur le motif, malgré des conditions climatiques parfois rudes, afin de s’imprégner de l’atmosphère et de la lumière qu’il souhaite transposer sur ses toiles.

Parallèlement à ses séjours en Auvergne, Victor Charreton voyage et peint dans de nombreuses régions de France Bretagne, Corse, Normandie, Midi et Provence ainsi qu’à l’étranger, notamment en Espagne, en Italie, au Maroc et en Europe du Nord. Ces déplacements enrichissent sa palette et son regard sur la lumière et les couleurs.

Il expose très régulièrement à partir de puis réalise que le succès artistique passe par Paris, capitale des Arts. L’artiste s’y installe en dans un appartement-atelier rue Vavin, dans le 6e arrondissement. À partir du début du XXe siècle, il expose régulièrement dans les grands salons parisiens, en particulier au Salon des Artistes Français et au Salon d’Automne, ce qui contribue à sa reconnaissance par ses pairs.

Sa peinture rencontre également un vif succès auprès des collectionneurs et des galeries. L’État lui achète des toiles pour le musée du Luxembourg ; la galerie Dudensing à New York l’expose régulièrement, où plusieurs de ses tableaux sont acquis par des musées et amateurs.

Il cofonde le Salon d’Automne à Paris et en devient un membre et sociétaire actif. Il appartient au Groupe des Dix, du nom des artistes qui ont exposé régulièrement à la galerie Dujardin à Roubaix. Il devient aussi l’un des principaux représentants de l’École de Murol, un groupe informel de peintres attirés par les paysages de montagne, les vallées et les effets de lumière en région auvergnate.

Aujourd’hui, Victor Charreton est considéré comme l’un des peintres majeurs du paysage français du début du XXe siècle, particulièrement associé à la représentation lumineuse et colorée des paysages.

Un poète de la couleur.

Démarche Artistique

/ victor charreton

Dans sa pratique, Victor Charreton utilise avec liberté différents supports - toile ou carton - et des outils variés, alternant pinceau et couteau qui donne une plus grande liberté d’expression pour structurer des surfaces picturales vivantes où la matière et la lumière dialoguent.

Sa palette évolue avec le temps vers des tons riches, souvent lumineux, qui rendent sensibles les émotions que lui inspirent les lieux qu’il traverse. Il se préoccupe davantage de la matière et de la couleur. Il étudie notamment les effets du givre, pour la décomposition de la lumière au travers des cristaux de glace et l’irisation des couleurs qui en résulte.

Toujours en quête d’une expression idéale, Victor Charreton a constamment recherché et expérimenté des procédés susceptibles d’atténuer les inconvénients des huiles, de nouvelles techniques ou des moyens originaux pour parfaire sa vision du paysage.

La finette

La découverte de la finette en 1923 concourt à ses recherches sur la matière : à court de toiles pour peindre, il trouve, dit-on, cette étoffe chez la mercière du village. Non apprêtée, elle absorbe l’huile et supprime donc le rancissement qui altère les couleurs. Les pigments ainsi débarrassés de leur vecteur vont se retrouver à l’état pur et la qualité de leurs tons n’aura pas à souffrir du temps.

Seul le travail au couteau est possible sur la finette, aucune retouche n’est permise sur cette texture ouatée, celle-ci contribuant à renforcer des effets de volume.

Les pigments

Victor Charreton, que sa très longue période d’amateurisme avait aguerri a compris très tôt la nécessité de parfaire son niveau de connaissance technique s’il voulait assurer la pérennité de ses œuvres.

Au début du XIXe siècle, la commercialisation de couleurs bitumeuses a profondément altéré la qualité des peintures. Pour des raisons commerciales, les fabricants ont remplacé certaines huiles traditionnelles par d’autres moins adaptées nécessitant l'ajout de siccatifs. Ces modifications ont fragilisé les œuvres et compromis la conservation des toiles.

Ayant étudié puis expérimenté ces problèmes, Victor Charreton élimine progressivement de sa palette dès 1893 les bitumes, siccatifs, blancs de plomb, terres, et n’utilise plus que des couleurs d’origine minérale solides et stables dans ses mélanges. Ces pigments broyés dans de l’huile de lin sèchent spontanément ce qui rend inutile l’usage destructeur de siccatifs. Les recettes maison des "couleurs Charreton" paraissent acquises à la fin de la "grande guerre".

La nature des pigments utilisés par Victor Charreton confère aux œuvres des effets de luminescence non visibles à l’œil nu qui permettent une datation certaine et une signature incontestable.

Les réserves

Victor Charreton s’est rapidement aperçu des effets bénéfiques de l’utilisation de la technique des réserves sur ses œuvres. Ce procédé qui consiste à laisser vierge volontairement certaines zones du support exige maîtrise et anticipation. Très utilisée par Victor Charreton, elle permet de sublimer le paysage en créant des contrastes et des effets de lumière. L’artiste a fréquemment exploité la matière brute des supports de ses peintures conférant à ses œuvres une luminosité particulière et une signature immédiatement reconnaissable.

Histoire

1864

Naissance le 2 mars de Victor Charreton à Bourgoin (Isère)

1879

Ecriture à l'âge de 15 ans de Nuit d'Orage, conte en vers publié en 1906

1892

Après des études de droit, acquisition d'une charge d'avoué près la Cour d'Appel de Lyon

1893

Mariage le 10 avril avec Elmy Chatin à la Sauvetat

1894

Première exposition au Salon de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts

1896

Première exposition au Salon des Artistes Français à Paris

1902

A 38 ans, cession en février de son étude d'avoué pour se consacrer entièrement à la peinture

1903

Expose à la première édition du Salon d'Automne, membre fondateur du Salon

1906

Incendie à Lyon du garde-meuble. Sa collection, son fond d'atelier sont détruits

1909

Accident de voiture à cheval à la Sauvetat. Elmy est blessée et perd l’enfant qu’elle attendait

1913

Médaille d'or au Salon des Artistes Français

1916

Première exposition à New-York à la Dudensing Gallery

1923

Acquisition de la maison forte de la Tour Fondue à Saint-amant Tallende

1924

Acquisition en décembre de l'immeuble de la rue Vavin (Paris VI)

1928

Exposition du groupe des dix à Roubaix, nommé officier de la Légion d'honneur

1929

Fondation du musée Victor Charreton à Bourgoin

1931

Une œuvre de Victor Charreton fait la couverture de l'Illustration de Noël

1936

A 72 ans, Victor Charreton meurt subitement le 26 novembre à Clermont-Ferrand